RNST réveille l’enfant rebelle qui sommeille

Ses œuvres ont souvent pris naissance dans la rue pour s’inviter aujourd’hui dans les galeries. Son art parle à l’enfant rebelle que nous cachons en nous et qu’il réveille. Rencontre avec Rnst.

RNST-enfant-street

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Où est ce que tout a commencé pour toi ?

Depuis gamin je dessinais, puis petit à petit le graffiti est entré dans ma vie, d’où le pseudo Rnest qui était vraiment du graffiti pur. J’ai un peu mis la peinture de côté pendant quelques années avant d’y revenir et d’enlever la voyelle de mon pseudo pour devenir Rnst qui est plus une signature. Sinon d’un point de vue géographique, j’étais sur Dijon au départ.

 

Peut-on te qualifier d’artiste « street art » ou street artiste ?

Ce terme me dérange un peu car le street art existe depuis des millénaires. A partir du moment où l’homme a pris possession de la rue et en a fait un support de communication et d’expression, il a fait du street art. J’ai du mal avec ce terme. En mai 68, ils collaient des affiches dans les rues et c’est d’ailleurs aussi cela qui m’a inspiré à faire beaucoup d’affiches. Quand je n’avais pas d’argent pour mes bombes de peinture, je peignais sur des papiers et je les collais. J’ai continué et je continue à faire de la sérigraphie. J’ai amélioré les techniques, je fais de la sérigraphie à l’atelier et je créé des affiches que je vais coller. Le street artiste pour moi, c’est vraiment la personne qui va aller chercher un objet dans la rue, qui va le détourner sur place et le laisser tel quel en ayant juste apporté quelque chose. Je pense que l’acte de peindre réellement ou de coller une affiche, ce n’est pas du street art. Moi je me considère plus dans quelque chose que l’on pourrait appeler la Culture jamming, il y a toujours un détournement d’information, un message à faire passer dans ce que je peins, en réaction à l’actualité.

 

Tu représentes souvent des enfants, avec le poing levé, ou tenant un lance pierre, un peu rebelles…

Oui je travaille beaucoup avec l’enfance pour véhiculer mes idées. Je trouve que c’est un moyen, pour moi-même déjà, de me ré-accaparer ma propre enfance, mais aussi de pouvoir traiter des sujets qui sont durs. Pas violents mais durs, et l’enfant permet d’y apporter une certaine fragilité et de véhiculer une image ultra réactionnaire mais qui l’est moins du coup et qui ouvre une porte à la fragilité et à tout ce qui correspond au monde de l’enfance qui résonne en nous. Si je ne gardais que le sujet adulte, ce serait forcément violent ou contestataire alors que là, je casse un peu les codes de ce qui pourrait être politisé, en passant par l’enfance. Mon art n’est pas politique, juste un peu réactionnaire. J’ai envie de poser des questions et le faire plus en douceur, je trouve ça bien.

 

Tu utilises quand même la rue, la situation pour placer des œuvres. C’est pour leur donner plus de sens, de poids ?

C’est là en effet que se trouve mon lien avec la rue. C’est une galerie à ciel ouvert, cela ouvre une porte, un dialogue sur un mur triste et c’est toujours en réaction. Par exemple, j’ai collé des chinois lorsque François Hollande est descendu à Marseille accueillir une délégation. J’ai fait aussi une campagne « Souriez », en forme de clin d’œil à Obama sur sa campagne en bleu blanc rouge. En fait je suis un peu issu des mouvances rock alternatives, j’ai été bercé par ça. Du coup, j’ai gardé ce côté petit agité.

 

rnst-enfant-peinturePour parler techniques, quelles sont celles que tu utilises ?

Je fais de la sérigraphie, j’utilise aussi le pochoir bien sûr comme outil de reproduction, les bombes de peinture, la peinture brute. Je fais de plus en plus abstraction du pochoir. J’ai envie de me détacher de ce côté figé et plat. C’est pratique dans la rue pour pouvoir répéter des motifs, faire une sorte de propagande par l’image, mais en tant qu’œuvre, cela fait un an que je me suis mis à faire des toiles, avant j’utilisais plus des trucs de récupération. Le sujet sur toile se prête beaucoup mieux à revenir sur la peinture, à prendre plaisir à travailler sur la matière, des choses comme ça.

 

Rebelle jusqu’au bout ? Mais alors comment s’arranger avec notre conscience quand on est dans une dialectique contestataire et que l’on participe quand même au marché de l’art ?

Je vais parler exclusivement de ce qui me concerne. L’univers de la galerie, c’est vrai que c’est un peu institutionnel, ce sont des organismes privés mais qui appartiennent à des personnes humaines. Moi je travaille donc surtout sur le relationnel. Si je n’ai pas rencontré réellement la personne et que je ne sens pas qu’il y a un truc qui passe, je ne fais rien. Après j’ai eu des propositions d’exposition, notamment par certaines fondations, comme EDF, mais là, j’ai refusé par rapport à mon éthique. Après on ne peut pas passer outre non plus, parce qu’il faut manger aussi… Il faut arriver à trouver le bon compromis. Pour un artiste street art, ceci dit rien ne l’empêche, à la différence d’un artiste plus classique, d’être exposé par une fondation ou une institution et d’aller dans le même temps bousiller un mur ou une devanture. Mais indirectement, il faut aussi passer par les galeries. C’est un peu la problématique de l’art. Si tu ne passes pas par-là, tu ne peux pas avoir de crédibilité réelle en termes de collectionneurs purs. C’est cela qui permet à un artiste de monter ses tarifs et donc de gagner plus d’argent. Après la question, c’est qu’est-ce que tu fais avec cet argent. Mais du coup cela peut te permettre aussi de réinjecter de l’argent dans des associations, des projets culturels, des choses comme cela. Il y a certains artistes connus à l’international qui redistribuent une grande partie de ce qu’ils gagnent même si cela reste assez confidentiel.

 

Rnst participe au street art show à Marseille au mois de mai. Exposition collective à la galerie Saint Laurent, dans le quartier des Puces de Marseille. Une dizaine d’artistes va réaliser une grande fresque pour l’occasion.

www.rnst.fr  

 

 —-> Retrouvez cette interview dans le dossier spécial art plastique du magazine Fanz’Yo du mois de mai 2015. A lire en ligne ici : http://www.lucie-asso.com/fanzyomai2015.pdf